Bhakti Sutras de Narada, 1ère partie

Enseignement de Swami Atmananda Puri sur les Bhakti Sutras de Narada :

« Avant de commencer, je voudrais savoir combien d’entre vous regardent régulièrement les messages d’Amma sur la chaîne YouTube d’Amrita World. Sur la chaîne, sont diffusés tous les messages d’Amma, en particulier une dizaine de messages concernant la situation actuelle du Covid. C’est un trésor inestimable. Il existe également d’autres vidéos avec de courts messages d’Amma. Vous pourriez simplement regarder une vidéo par jour, cela ne prend que quatre ou cinq minutes et vous donnera du tonus pour la journée. Donc, comme Amma s’est beaucoup exprimée sur le Covid, et qu’elle va, je crois, continuer, je ne m’y attarderai pas. Nous allons donc commencer par le sujet du jour.

Tout commence lorsqu’un PDG qui avait contracté un prêt auprès de quelqu’un refusait de rembourser cet argent. Chaque fois que le créancier voulait récupérer son argent, il appelait le PDG : « Je vais arriver dans votre bureau, je vous prie de préparer l’argent ». Et chaque fois que le PDG entendait que le créancier allait venir, il disait simplement au secrétaire : « Je m’absente, si cet homme vient, dites-lui que je ne suis pas là ». Après de multiples tentatives, le créancier comprit et se dit : « je vais aller au bureau à l’improviste ».
En voyant le créancier garer sa voiture, le PDG constate : « Oh, le créancier est venu ». Par chance, il était dans son bureau avec une vitre sans tain qui protégeait des regards, il s’adressa donc à son secrétaire : « Quand ce créancier viendra, dites-lui que je ne suis pas au bureau. Par le passé, à chaque fois que vous le lui avez dit, il s’en est allé, donc il en sera de même aujourd’hui encore, et après son départ, je sortirai de là. » Aussi quand le créancier entra, le secrétaire du PDG lui dit : « Désolé, le patron s’est absenté ». Le créancier de répliquer : « Ok, pas de problème, je l’attendrai ».

Et il attendit devant le bureau du PDG. Une heure passa, puis deux heures, puis trois, et le créancier ne bougeait pas. Dans la bureau, le patron est embêté : il a besoin d’aller aux toilettes, de manger, il ne peut rien faire. Coincé, il finit par se dire : « Mieux vaut rembourser ce créancier, plutôt que de rester coincé dans ce bureau ». Sur ce, il sort, aborde le créancier, qui ne semble pas le moins du monde surpris, et rend l’argent. Alors le PDG demande au créancier : « Comment se fait-il que vous ne soyez pas parti quand la secrétaire vous a dit que je n’étais pas là, puisque par le passé, vous êtes parti à chaque fois que l’on vous a dit que je n’étais pas là ? Aujourd’hui, on aurait dit que vous saviez que j’étais au bureau ». Et le créancier de répondre : « Oui, je savais que vous étiez là». Surpris, le patron déclare : « Comment avez-vous su que j’étais là ? Est-ce que vous m’avez entendu ? Non. Est-ce que vous m’avez senti ? Non. Est-ce que vous m’avez goûté ? Non. Touché ? Non. Alors comment se fait-il que vous ayez su que j’étais là ? » Et le créancier de dire : « C’est très simple, parce que chaque fois que je suis venu ici et que votre secrétaire m’a dit que vous n’étiez pas là, j’ai vu qu’aucun de vos employés ne travaillait. Certains étaient sur Whatsapp, un autre sur Facebook, un autre regardait le dernier match de cricket, personne ne travaillait. Mais aujourd’hui, quand votre secrétaire m’a dit que vous n’étiez pas là, j’ai vu que tous vos employés travaillaient. Donc même sans vous voir, ni vous percevoir, ni vous sentir, ni vous goûter ni vous toucher, j’ai vu l’effet de votre présence, donc je savais que vous étiez là ».

De la même manière, certains d’entre nous se posent des questions : Y a-t-il un Soi suprême ? Y a-t-il un Dieu ? Y a-t-il un pouvoir divin ? Parce que nous ne voyons pas Dieu, ni le Soi suprême, nous ne sentons pas Dieu, nous ne goûtons pas Dieu, nous ne touchons pas Dieu, alors comment sait-on qu’il y a un Dieu, un Soi suprême , un pouvoir divin ? C’est très simple : regardez autour de vous, regardez cette si belle création. Tout fonctionne parfaitement. Les planètes, les étoiles, du niveau microscopique au niveau macroscopique, tout fonctionne parfaitement, il y a tant de beauté dans la création. Il faut nécessairement qu’une intelligence ait été à l’origine de tout cela.

Il y a quand même des gens qui disent : non, il n’y a pas d’intelligence derrière tout ça. Tout est sorti du chaos. Tout est totalement dû au hasard. Si l’on croit à la première thèse, la seconde est tout aussi crédible. Imaginez un singe que vous mettez devant un ordinateur, il commence à taper. Il ne sait pas ce qu’il fait, il appuie juste sur des touches au hasard et il fait quelque chose. Et au bout d’un moment, vous voyez ce que le singe a tapé et vous découvrez, à votre grande surprise, que le singe a tapé, en quatre ou cinq heures, les œuvres complètes de Shakespeare sans la moindre erreur. Vous y croiriez ? Non, cela semble impossible. Alors, si cela ne peut pas être le fruit du hasard, comment l’univers entier peut-il être le fruit du hasard ? Il doit y avoir une intelligence et cette intelligence s’appelle Dieu, le Soi suprême . Mais une fois faite l’expérience de ce Dieu, qu’est-ce que l’on fait de tout cela ?

 

Voici juste une histoire que j’ai entendue dans la bouche d’Amma il y a longtemps, c’est l’histoire de deux fourmis. Une des deux fourmis habite dans une montagne de sel. Comme elle n’a rien d’autre à manger que du sel, elle est devenue très maigre. Un jour, surprise, elle voit s’approcher une fourmi ronde et en bonne santé : « Comment se fait-il que tu sois en si bonne santé ? » Et la fourmi dodue de lui répondre : « Oh, j’habite une montagne de sucre. Je mange du sucre. Pourquoi ne viens-tu pas avec moi ? C’est parce que tu manges du sel, que tu es dans cet état. Tu es vraiment en mauvaise santé. Suis-moi et tu pourras manger du sucre. » Le sucre n’est pas bon pour les humains, mais le sucre est bon pour les fourmis. Voilà pourquoi la seconde fourmi est en bonne santé. Entrant dans sa grotte, la fourmi salée répond : « Je vais juste prendre mes affaires » et elle en ressort avec son sac à dos. Toutes deux vont à la montagne de sucre. La fourmi sucrée dit à la fourmi salée : « Toute la montagne est en sucre, mange tout ce que tu veux, je dois m’absenter. J’en ai pour quelques semaines et à mon retour, j’espère que tu seras en aussi bonne santé et en aussi bonne forme que moi ».

À son retour au bout de deux semaines, la fourmi sucrée, s’attendait à retrouver une fourmi salée très en forme mais, malheureusement, celle-ci n’avait guère meilleure mine qu‘à son départ ; à peine une petite amélioration. Très surprise, elle demande : « Que s’est-il passé ? As-tu mangé du sucre ? » La fourmi salée répond : « Oui, j’ai mangé du sucre mais  je n’ai vraiment pas aimé … c’est moins bon que tu le dis ». La fourmi sucrée se montre surprise… une fourmi qui n’aime pas le sucré ?

En regardant de plus près dans la bouche de la fourmi salée elle y trouve quelque chose, plongeant alors les mains dans la bouche de la fourmi salée, elle en sort deux morceaux blancs. « Qu’est-ce que c’est ? » demande-t-elle à la fourmi salée, qui répond : « C’est du sel que j’avais gardé dans la bouche ». La fourmi sucrée rétorque : « Comment ça ? Pourquoi as-tu gardé du sel dans la bouche ? » Et la fourmi salée de répondre : « Je mange du sel depuis toujours, alors quand tu m’as parlé de cette chose merveilleuse qu’on appelle du sucre, je n’étais pas sûre que cela me convienne, et je sais que je peux survivre, bien que lamentablement, en me nourrissant de sel, donc juste par précaution j’ai mis deux grains de sel dans ma bouche avant de venir ».

La fourmi salée mange le sucre avec du sel dans sa bouche et ne pourra jamais apprécier la saveur sucrée. Après avoir enlevé le sel, la fourmi sucrée a dit : « Maintenant, mange ». Et la fourmi salée s’est mise à manger sans pouvoir s’arrêter et elle est vite devenue aussi saine, joyeuse et dodue que la fourmi sucrée.

Que nous dit cette histoire ? Amma dit que, comme la montagne de sucre, la création de Dieu regorge de miel. Mais, nous y mettons du sel, et qu’est-ce que ce sel ? Notre contribution à la création de Dieu, c’est notre égo. Par égo, Amma entend ce que nous aimons et n’aimons pas, le monde dont nous faisons l’expérience au travers du filtre de nos préférences et de nos aversions. En faisant l’expérience de la création de Dieu au travers du filtre des préférences et des aversions, nous passons à côté de la douceur.

En regardant le monde, nous pensons que nous avons créé beaucoup de choses : j’ai fait ci, j’ai fait ça, j’aime ci, je n’aime pas ça… Mais en regardant véritablement le monde, qu’avons nous créé ? Rien. Même ce corps, que nous prétendons être le nôtre, est un cadeau. Nous n’avons pas créé notre corps. Regardez votre vie et regardez-vous, regardez honnêtement : pouvons-nous dire : « J’ai créé quelque chose ? » Rien. Tout ce dont nous faisons l’expérience est la création de Dieu. Notre seule façon de contribuer à la création de Dieu, c’est de créer nos préférences et nos aversions. C’est pourquoi, lorsque nous quittons ce monde, ce que nous laissons derrière nous c’est la création de Dieu. Nous ne pouvons rien emporter avec nous, car ce n’est pas à nous. Mais nous emportons certaines choses avec nous lorsque nous quittons ce corps pour poursuivre notre voyage, et qu’est-ce que c’est ? Ce sont nos préférences et nos aversions, c’est tout ce que nous pouvons prendre parce que c’est tout ce que nous avons créé. Une fois que nous aurons compris ce fait absolument fondamental, nous comprendrons ce qu’Amma veut dire lorsqu’elle dit que tout est création divine. Amma dit toujours que « le créateur n’est pas différent de la création. Tout ce que nous devons supprimer, ce sont nos préférences et nos aversions.

Pendant le confinement, nous étions obligés de vivre avec des personnes ou des familles avec lesquelles nous ne passions pratiquement pas de temps. Mais comme nous côtoyions des gens, que nous devions interagir de plus en plus avec eux, toutes les préférences et les aversions commencèrent à se manifester. Récemment, j’ai reçu un message d’une personne qui m’a dit que normalement, sa femme et lui ne s’entendaient pas, mais il a ajouté : « lors du confinement, même si nous avions des disputes, car nous en avons toujours, cela se terminait toujours par des rires ». Je lui ai demandé : « S’il vous plaît, expliquez-moi comment ça se fait ? » Il a répondu : « C’est très simple, quand on se disputait, elle finissait par me lancer quelque chose dessus . Et quand elle me lançait quelque chose et qu’elle ratait son coup, je riais. Et quand elle ne manquait pas, elle riait. Donc ça se terminait toujours par des rires. »

Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi voulons-nous jeter des choses à la tête de la personne que nous aimons ? Parce que nous n’acceptons pas les gens tels qu’ils sont. Rappelons-nous que Dieu a créé cette personne : cette personne est à la fois l’épouse de l’un, la mère de l’autre, la fille d’un autre et la sœur d’un autre encore.  Chaque fois que nous rencontrons une personne, nous sommes incapables de l’accepter telle qu’elle est, nous voulons qu’elle se comporte selon notre désir. Et lorsqu’elle se comporte conformément à sa nature, impossible pour nous de l’accepter. Ce sont les voiles dont nous couvrons la création de Dieu. Vous rencontrez quelqu’un et vous voulez qu’il change. Mais, est-ce que c’est de votre responsabilité de changer cette personne ? Si ce n’est pas le cas, vous n’avez pas à le faire. Au lieu de lui dire qu’il a tort, que c’est mal, pourquoi ne pas lui expliquer simplement l’avantage qu’il y a à agir autrement ? Si vous trouvez certains de ces comportements choquants, vous pouvez mettre en avant les bénéfices engendrés par tel autre comportement. À condition qu’il soit de notre responsabilité de changer cette personne. À chaque fois que nous essayons, soyons très très prudents.

C’est l’histoire d’une mère et de sa petite fille qui passaient un bon moment ensemble. En examinant sa mère avec curiosité, la petite fille vit cinq ou six cheveux blancs dans la chevelure de sa maman. Sa curiosité la poussa à demander : « Maman, pourquoi tes cheveux sont-ils si blancs ? » La mère se dit que c’était l’occasion rêvée de changer le comportement de sa fille : « Chérie, chaque fois que tu as fait quelque chose qui m’a contrariée, chaque fois que tu as fait quelque chose de mal, chaque fois que tu m’as fait pleurer, un de mes cheveux est devenu blanc. » La petite fille regarda sa mère : « Maman, je suis vraiment désolée, maman, je ne ferai plus jamais rien qui te fasse pleurer ou qui te mette en colère. » La mère était ravie. La petite fille plongea sa cuillère dans le bol de céréales et s’arrêta la cuillère levée. Elle regarda sa mère et déclara : « Maman, j’ai une question. Comment se fait-il que grand-mère aient les cheveux tout blanc ? »

Voici ce qui arrive ! Si on veut changer les gens, commençons par nous changer nous-même. N’essayons pas de changer les gens selon nos désirs : ils devraient se comporter comme ci, comme ça. Si vous voulez les changer, prenons exemple sur Amma. Amma veut que nous nous améliorions tous, mais Amma ne nous force pas à faire quoi que ce soit. Et elle nous change. Comment ? En joignant le geste à la parole. Elle ne nous demande pas de faire quoi que ce soit sans avoir fait bien plus de son côté. Cela va de nettoyer les toilettes publiques, jusqu’à donner son étreinte. Prenez n’importe quel domaine, Amma fait absolument tout. Elle ne nous dit jamais de faire quelque chose qu’elle ne fait pas. C’est de cette façon qu’Amma nous change. Elle fait les choses à la perfection et en la voyant faire, nous changeons.

Je me souviens de ce qui est arrivé à un médecin de l’hôpital Amrita. Originaire du Royaume-Uni, il était venu travailler à l’hôpital Amrita de Cochin. À l’époque il était venu, parce que c’était un hôpital très avancé sur le plan technologique. Il ne croyait pas à la spiritualité ni aux maîtres spirituels, mais il était venu parce que c’était un bon hôpital ; il était très enthousiaste car l’hôpital avait fait venir du très bon matériel, très coûteux et beaucoup de gens pouvaient s’y faire soigner alors que peu d’hôpitaux étaient aussi bien équipés en Inde. Il était très enthousiaste à l’idée de voir des équipements très chers utilisés pour traiter beaucoup de gens et il en était ravi.

Une nuit, sur le chemin du retour vers chez elle, Amma s’arrêta à l’hôpital. Ce médecin était présent. Tout heureux du matériel neuf si coûteux qui était arrivé, tout excité aussi à l’idée qu’il allait pouvoir le montrer à Amma et qu’elle serait également ravie de voir tout cela, il lui dit : « Amma viens, je vais te montrer tous le matériel qui est arrivé et qui rendra service à la société ». Amma se contenta de regarder le docteur, de lui sourire avec beaucoup de compassion et de lui dire : « Mon fils, si tu es heureux, je suis heureuse. Amma n’a pas besoin de voir tout cela ». Simple déclaration, qui changea radicalement le cœur du médecin. Il comprit qu’Amma n’est attachée à rien de tout cela, elle fait énormément de bien pour le monde mais ne considère rien comme lui appartenant. Cette simple déclaration d’Amma avait transformé le médecin, qui est devenu un fervent dévot.

En passant à côté d’une fleur épanouie, nous sommes véritablement sous le charme de son parfum. De même, en présence d’Amma, le simple fait de la regarder, de lire ce qu’elle fait, de penser à Amma, le simple fait de se concentrer sur Amma et sur tout ce qu’elle fait nous influence et nous changeons. De ce fait, quand nous changeons, les gens nous regardent et ils changent.

Le but de la vie c’est de faire l’expérience de la création de Dieu.  Amma dit que tout est création divine, mais que nous ne pouvons pas en profiter pleinement, parce que nous créons quelque chose que nous superposons.
Sommes-nous capables d’apprécier la création de Dieu au moins une fois de temps en temps ? Certainement. Par exemple, vous travaillez très dur et votre patron vient vous dire : « Vous avez travaillé si dur, pourquoi ne prenez-vous pas un congé payé ainsi qu’une prime et l’entreprise vous paie un billet en classe affaires, vous allez sur une très belle île, au milieu de la nature. Pourquoi savourons-nous tant ces vacances ? Parce qu’en vacances, nous oublions totalement le passé ; quel que soit notre travail, nous ne pensons pas à l’avenir, nous sommes totalement ouverts au moment présent. Nous regardons la nature, l’océan … A la maison, nous allons à la plage, nous voyons l’océan mais nous ne l’apprécions pas autant, mais en vacances, l’expérience est amplifiée et nous l’apprécions vraiment, pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, quand nous voyons l’océan, quand nous entendons les oiseaux, nous ne cherchons rien, nous n’avons aucune résistance, nous ne résistons pas à l’expérience présente, quelle qu’elle soit, et nous ne cherchons pas à la changer. Nous avons tous fait l’expérience suivante : lorsque nous partons en vacances, au début c’est bien, c’est très agréable, mais plus tard, cela devient ennuyeux et nous préférons faire autre chose – les vacances ne sont pas si agréables, nous commençons à nous plaindre de l’endroit que nous apprécions à peine quelques jours plus tôt. Pourquoi ? Parce que nous sommes des travailleurs acharnés et que, à l’image de Dieu, qui crée ; nous, les individus créons aussi. Nous commençons notre création individuelle ; nous commençons à surimposer nos goûts et nos aversions sur l’expérience factuelle et  les vacances finissent par ne plus être agréables. L’humeur vacances dans laquelle nous sommes disparaît, à cause des préférences et des aversions subtiles qui commencent à se manifester.

Y a-t-il un moyen de garder en permanence ce que l’on appelle l’« humeur vacances » ? Pourquoi ne pouvons-nous pas profiter de chaque jour comme si c’était un jour férié ?
Maintenant je vais me taire pendant quelques secondes, observer ce qui se passe… De seconde en seconde, nos préférences et nos aversions commencent à se manifester, impossible de nous en empêcher. Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement rester tranquillement assis ? Pourquoi est-ce que nos préférences et nos aversions se manifestent ? C’est l’histoire du roi d’une île, dont les habitants n’avaient pas beaucoup de contacts avec le reste du monde. Un jour, on y découvre beaucoup de pétrole ; la population devient très riche et le roi de ce peuple est devenu extrêmement riche et les compagnies pétrolières l’emmènent en voyage en Europe où il est exposé à beaucoup de choses pour la première fois. Ils l’emmènent dans un endroit où il ressent de la pitié en voyant une vingtaine de personnes se poursuivre en courant et se battre pour une petite chose ronde ; et le roi dit au secrétaire : « Quelle pitié, j’ai mal pour eux ; allez au magasin et demandez ce qu’est cette chose ronde et achetez-en assez pour tout le monde.» Le secrétaire prend une vingtaine de ces choses et  se rend à l’endroit où les gens couraient après la chose. Il arrête les gens et leur dit : « En voici une pour chacun d’entre vous. » Le roi regarde tout cela, s’attendant à ce que tout le monde soit heureux. Et tous de dire : « Non, nous n’en voulons pas, vous gâchez notre plaisir ! » Le roi n’y comprend rien jusqu’à ce que quelqu’un lui explique : « Tu vois, ce qu’ils font, c’est un match de foot, il n’y a qu’un ballon, c’est la règle du jeu, ils doivent tous courir après ». Les joueurs disent qu’il n’y a pas de plaisir à avoir chacun un ballon de football. Ils n’apprécient le jeu qu’à condition de jouer selon les règles du jeu.

De même, dans le jeu de la vie auquel nous jouons, il y a certaines règles.Cette règle est très bien expliquée dans la « Katha Upanishad » 4,1 :

parāñci khāni vyatṛṇat svayambhū-
stasmātparāṅpaśyati nāntarātman |
kaściddhīraḥ pratyagātmānamaikṣa-
dāvṛttacakṣuramṛtatvamicchan ||

Qu’est-ce que cela veut dire ?

parāñci khāni vyatṛṇat svayambhū : la puissance divine nous a créés, nous les individus, avec le mental et les organes des sens tournés vers l’extérieur. L’esprit et les organes sensoriels courent toujours après les objets, les goûts et les aversions se manifestent.

stasmātparāṅpaśyati :  notre mental et nos organes sont toujours en train de regarder des choses extérieures.

 kaściddhīraḥ certaines personnes douées d’un grand discernement ne se contentent pas de petits plaisirs minuscules, ces plaisirs momentanés que nous obtenons. Que veulent-ils ?

amṛtatvamicchan : ils veulent la paix immortelle, la joie immortelle, et que font-ils ?

dāvṛttacakṣuhils tournent leur regard vers l’intérieur et que font-ils lorsqu’ils tournent leur regard vers l’intérieur ?

pratyagātmānamaikṣa : ils ont une vision ou ils voient le Soi suprême et Dieu.

Alors, quelles sont les règles du jeu ? Notre esprit et nos organes sensoriels sont conçus pour regarder vers l’extérieur, mais lorsque nous regardons vers l’extérieur, nous ne connaissons qu’un bonheur temporaire. Si vous voulez connaître le vrai bonheur, vous devez tourner le regard vers l’intérieur . C’est simple, mais comment faire ? Comment tourner le regard vers l’intérieur ?
Nous pouvons aller à l’hôpital Amrita, aller au service d’ophtalmologie, et dire au chirurgien : « J’ai besoin d’une intervention. Veuillez tourner mon regard vers l’intérieur » et le chirurgien sera surpris.
Certaines personnes, douées de discernement, comprennent que la source de la joie et du bonheur se trouve à l’intérieur et non à l’extérieur. Ce que nous vivons dans le monde n’est que le pâle reflet de la joie qui est à l’intérieur. Cette joie qui est en nous, c’est Dieu. Chaque fois que nous faisons l’expérience de la béatitude pure, c’est la présence de Dieu.

Pour résumer cela avec le vocabulaire d’aujourd’hui : personne ne peut jamais être en paix parce que l’être humain est la manifestation de préférences et d’aversions, de l’ego. Tout le malheur que nous ressentons et expérimentons en ce moment, n’est qu’une manifestation de préférences et d’aversions, qui sont temporaires. Quelle est notre vraie nature ? Le Soi suprême, la paix.

Comment garder en permanence  »cette humeur vacances » ? Comment vivre cette félicité en permanence ? Dans mon dernier enseignement virtuel, j’avais donné l’exemple du bois de santal. Le bois de santal est parfumé par nature. Quand on le maintient dans un milieu humide, il se recouvre d’une grosse épaisseur et commence à dégager une odeur fétide. Lorsqu’on enlève cette épaisseur, le parfum naturel du santal se dégage. De même, lorsque vous avez une pensée, une préférence ou une aversion, la Bhagavad-gita,dit que ce n’est pas un problème ;  le problème se produit lorsqu’une pensée apparaît et que nous la poursuivons en y superposant nos préférences et nos aversions, cela engendre du malheur. Mais chaque fois que nous arrêtons de créer notre propre monde, nous pouvons sentir la création de Dieu telle qu’elle est.

Que faut-il faire ? Le « je » doit se tourner vers l’intérieur. Lorsque nous nous tournons vers l’intérieur, nous découvrons que ce « je » est le même que « toi » : ils sont  le Soi suprême, notre vraie nature. C’est sur elle que nous devons nous concentrer. En ce moment, notre temps est centré sur le « Je » et nous voulons que cette journée ressemble à un holiday (vacances en anglais) . Mais si vous épelez holiday vous voyez que la lettre du milieu dans holiday est un « I » (je en anglais). Maintenant si vous remplacez ce « I » par « You », dont la première lettre est un « Y » qu’est-ce que cela donne ? Cela donne holyday (jour sacré en anglais) Le jour de fête devient un jour sacré.

N’oublions jamais que nous sommes en vie. C’est un voyage gratuit, c’est la création de Dieu, nous n’avons rien fait pour le mériter. Nous n’y avons pas contribué. Tout ce que nous vivons, c’est la création de Dieu.

Pour faire de ce voyage quelque chose de sacré, chaque jour doit devenir sacré. Et comment y parvenir ? Lorsque toute notre journée est centrée sur le divin, au lieu du « je », ce « je » limité. Et quelle voie suivre, pour faire de chaque jour un jour sacré, pour garder en permanence l’humeur vacances ? C’est une voie royale, appelée la dévotion (Bhakti en sanskrit) . Et c’est le thème de l’exposé d’aujourd’hui. Nous allons explorer ce que l’on appelle la dévotion :

athāto bhaktiṁ vyākhyāsyāmaḥ
« Et maintenant, nous allons parler de dévotion ». 

Il s’agit du premier vers du « Nārada Bhakti Sutra » : un texte très puissant et très utile . « Sutra » signifie essentiellement un vers, une très courte phrase en sanskrit dans laquelle beaucoup d’informations ont été condensées, donc très facile à mémoriser.  C’est comme quand vous voulez envoyer un fichier à quelqu’un sur Internet ou que vous voulez copier un fichier sur une clé USB et que le message dit que c’est trop gros, vous devez le compresser. Nous utilisons un logiciel pour compresser ce fichier en un petit fichier. La personne qui reçoit ce fichier ne peut pas l’utiliser tel quel, parce qu’il est compressé. Elle doit le décompresser, le dézipper. De même pour ce vers où beaucoup d’informations sont compressées en une courte phrase.

Nārada, l’auteur est un grand saint, un grand dévot de Dieu. Le mot Nārada a également une autre signification : en sanskrit, le mot peut également se décomposer en « Naram paramātma vishyakam gyānam dadati iti naradah ». C’est-à-dire, : ce qui nous apprend à obtenir la dévotion.

Dans ce Nārada Bhakti Sutra, le premier mot du premier vers est « Maintenant ». Dans la tradition sanskrite, chaque fois qu’il y a un texte qui explique quelque chose, quatre choses sont précisées au début :

– Premièrement ce qu’on appelle l’étudiant qualifié, ou en sanskrit « Adhikārī », qui est apte à recevoir cette connaissance, ce qui est indiqué par le mot « Maintenant » dans ce vers.

– Deuxièmement, ce qu’on appelle Sambandha, c’est-à-dire la relation entre vous qui allez recevoir la connaissance et le sujet qui va être expliqué.

– Troisièmement, bien sûr, vient le sujet qui est décrit plus tard dans les vers numéro deux et trois que nous verrons dans le prochain exposé.

– Quatrièmement il s’agit de prayojanam, c’est-à-dire le bénéfice ou le but de l’étude que nous venons de mentionner dans les vers numéro quatre, cinq, six.

Au fur et à mesure, nous explorerons les autres vers. Aujourd’hui, nous nous concentrerons sur le premier vers. Le premier mot de ce vers  « Maintenant » (adhikāri), signifie cet étudiant qualifié, vous qui êtes qualifié pour recevoir cette connaissance de la dévotion. Vous vous dites peut-être : « Suis-je qualifié » ? Oui, certainement, car nous sommes les dévots d’Amma et grâce aux enseignements d’Amma, nous avons tous pratiqué l’une des trois étapes suivantes de dévotion, dont je vais parler bientôt. Si vous avez commencé à pratiquer l’une de ces étapes, vous passerez lentement mais sûrement aux étapes numéro deux et trois. Tous ceux parmi nous qui pratiquent l’une de ces étapes deviennent qualifiés, deviendront adhikāri, prêts pour cette connaissance.

Quelles sont ces trois étapes ? Ces étapes sont si importantes que dès que nous commençons à les pratiquer, nous en tirons immédiatement profit, nous obtenons rapidement la paix. Amma dit que c’est comme le jacquier en Inde. S’agissant de tous les autres arbres, si vous voulez en récolter les fruits, vous devez grimper, mais le fruit du jacquier peut mûrir au bas de l’arbre. Il est facile à atteindre, donc lorsque nous suivons l’un de ces trois étapes de la dévotion, nous expérimentons en premier lieu la paix, mais il est important lors de l’une de ces trois étapes, de manifester ce que l’on appelle « bhāvana ». « Bhāvana » signifie « visualisation du sentiment » et suscite un état mental d’amour et de concentration. Nous rendons manifeste ce que nous ne pouvons pas expérimenter grâce à cette « visualisation du sentiment ». Amma met beaucoup l’accent sur cela : lorsque nous faisons une pratique spirituelle, on ne doit pas le faire mécaniquement, cela doit venir d’un espace d’amour en soi. Lorsqu’un agriculteur prépare le sol et qu’il plante la semence, il fait cette visualisation. Lorsque nous commencerons à faire ces pratiques de dévotion, lentement, le véritable amour, la véritable dévotion émergeront en nous. Nous avons donc trois étapes en matière de dévotion. Quelle est la première étape ?

La première étape est ce que l’on appelle prasāda buddhi, l’attitude selon laquelle tout est prasād (bénédiction). Qu’est-ce que c’est ? Tous ceux qui ont déjà rencontré Amma, savent ce qu’est le prasād. Le prasād est un aliment béni. Quand Amma nous donne quelque chose, elle nous donne du prasād. Au temple, après le rituel, on nous donne de la nourriture bénie, c’est du prasād. Pendant une distribution de prasād, nous ne faisons jamais attention à la quantité ni à la qualité. Nous prenons et acceptons tout ce que nous recevons avec une gratitude sans faille. Le fait de toujours penser en terme de prasād s’appelle prasāda buddhi. Buddhi signifie « intellect » ou « penser à ».
Il y a quelques temps, après avoir donné un enseignement, devant une assistance, composée d’adultes intéressés par ce que je disais, … Il y avait des enfants qui ne pouvaient pas suivre grand-chose, ils comprenaient les blagues, ils riaient et je voyais cette petite fille assise devant moi qui buvait mes paroles. Je me disais… Oh cette fille comprend ! Et puis, après l’enseignement, nous avons mangé le prasād et pendant que je mangeais, la petite fille est venue me voir : « Swami, pourquoi tes enseignements sont-ils si longs ? Le prasād vient seulement après l’enseignement et j’ai trop faim ! Je ne pense qu’au prasād… En fait, je me sentais un peu coupable de ne penser qu’au prasād et puis je t’ai entendu dire qu’il fallait toujours penser au prasād alors, c’est cela que tu voulais dire ? Ce n’est certainement pas ce que je voulais dire …

Que signifie profondément prasāda buddhi, l’attitude selon laquelle tout est offrande ?

La première étape est la fondation. Si nous comprenons cette étape et que nous commençons à la mettre en pratique dans notre vie, elle a le pouvoir de transformer nos vies. Pour le comprendre, nous devons comprendre le concept de ce que l’on appelle le « karma phala », le fruit de nos actions. La tradition décrit trois types de fruits de nos actions :

  1. Sanchita karma phala : c’est la totalité des fruits de nos actions faites dans toutes nos vies passées. Dans la tradition, nous pensons que cette naissance en tant qu’être humain n’est pas la première de nos vies. Nous avons eu de nombreuses naissances en tant qu’être humain, nous en aurons d’autres à l’avenir. Toutes les bonnes actions que nous faisons, génèrent des mérites et toutes les mauvaises actions que nous faisons, génèrent des démérites. Tous les mérites et démérites que nous ne pourrons pas vivre en une seule vie, donc tout ce que nous ne vivons pas, est rassemblé et cette énorme montagne de mérites et démérites, porte le nom de sanchita karma phala.
  2. Prarabdha karma phala : au sein de cette montagne, Dieu sélectionne une poignée de mérites et démérites et dit  : « Vous en ferez l’expérience lors de votre prochaine naissance ». La poignée extraite de la montagne qui nous est donnée est connue sous le nom de prarabdha karma phala. Qui nous donne ce prarabdha karma phala ? C’est Dieu. C’est la raison pour laquelle, Dieu est appelé karma phala dāta, c’est-à-dire celui qui nous rend les fruits de nos actions. Ce prarabdha karma phala, le coût du fruit de nos propres actions, peut être bon ou mauvais. La compréhension de ce principe a le pouvoir de transformer notre vie ; parce qu’alors nous comprenons alors que tout ce qui nous arrive dans la vie est dû à ce que nous-même avons fait dans le passé. Cela peut être bon, cela peut être mauvais. Quand il se passe quelque chose de mauvais, nous finissons normalement par détester la personne à travers laquelle se manifeste cette mauvaise chose. Ou alors, quelque chose de bien se produit et nous nous attachons à la personne à travers laquelle se manifeste cette bonne chose. Cet attachement ou cette haine envers la personne à travers laquelle se manifestent les fruits de notre propre karma prarabdha crée nos problèmes, puis nous agissons à nouveau en fonction de nos préférences et aversions.
    3. Āgāmi karma phala : lorsque nous agissons selon nos préférences et nos aversions, nous créons le troisième type de karma qui s’appelle āgāmi. Cela signifie que nous créons davantage de karma dont nous devrons faire l’expérience à l’avenir. Mais lors de toutes nos expériences, rappelons nous que la personne qui est maintenant devant nous n’est en fait qu’une sorte de cuillère : s’il y a un plat savoureux devant vous, vous prenez une cuillère et vous mangez ce plat et vous vous régalez. Vous ne vous attachez pas à la cuillère parce que celle-ci ne sert qu’à transporter la nourriture. Supposons qu’il y ait un plat horriblement mauvais, vous n’en tenez pas rigueur à la cuillère car  la cuillère ne fait que porter la nourriture.

Ainsi, chaque fois que nous rencontrons une situation dans laquelle quelqu’un nous fait du mal, nous comprenons que c’est une manifestation du résultat de nos actions qui se joue, nous ne haïssons donc pas ce quelqu’un ; nous faisons ce qui est nécessaire à ce moment-là sans haïr la personne. C’est très important parce que quand nous traversons la vie avec cette attitude :  » c’est mon prarabdha d’être là ». Aussi, que ce soit bon ou mauvais, vous décidez quel bénéfice vous pouvez tirer de cela ? Chaque fois qu’il se passe quelque chose de bien, nous ne nous attachons pas à une personne et chaque fois que nous avons une mauvaise expérience, nous faisons ce qui est nécessaire sans haïr la personne et nous conservons nos énergies mentales au point que nous pouvons efficacement faire face à la situation.La plus grande partie de notre énergie est gaspillée par la colère et les émotions négatives, mais avec cette attitude, cela cessera.
Amma nous dit que si vous avez besoin de quelque chose et que vous travaillez dur pour l’obtenir et que vous l’obtenez, c’est très bien. Si vous ne l’obtenez pas, c’est bien aussi parce que c’est une bénédiction de Dieu si l’objet de votre désir ne vient pas à vous… Quand un résultat est négatif, habituellement, nous nous accusons nous-mêmes ou nous accusons les autres. Si vous en avez toujours envie, alors travaillez-y , continuez jusqu’à ce que vous l’obteniez ou que le désir disparaisse. C’est la première étape, elle s’appelle prasāda buddhi. Chaque expérience de notre vie nous vient de Dieu car c’est lui qui nous donne le fruit de nos propres actions, donc quand notre prasad arrive, nous le prenons avec un sentiment de révérence.

Je vais rapidement aborder la deuxième et la troisième étape.

Quand nous pratiquons prasāda buddhi, nous commençons à accepter tout comme une bénédiction mais nous avons toujours des désirs. Au fur et à mesure que nous avançons dans cette voie, nous devenons lentement de plus en plus reconnaissants envers Dieu et Amma qui prend tant soin de nous. Notre attitude commence à changer, nous continuons à faire des actions, à travailler, mais nous ne le faisons pas pour nous, nous le faisons pour Dieu. Même les choses les plus simples.
Amma raconte toujours l’histoire d’une personne qui va se promener et voit trois personnes travailler : l’une est en colère, l’autre triste et la troisième sourie et danse. Les trois tailleurs de pierres ne faisant que tailler avec un marteau et un ciseau. Ils font la même besogne. Notre homme va voir la personne en colère et lui demande : « Qu’est-ce que tu fais ? » Le tailleur répond « Je frappe un marteau sur un ciseau. » Même question à la personne triste  : « Qu’est-ce que tu fais ? », réponse : « Oh, je gagne juste ma vie, sans quoi je n’aurai pas de quoi subvenir aux besoins de ma famille.» . La troisième personne faisait la même chose en riant et en dansant. : « Oh, je construis un temple pour mon Dieu Krishna ! ». Ces trois personnes font la même chose, elles reçoivent exactement la même somme d’argent mais leur attitude fait toute la différence : l’une est en colère ou triste et la troisième nage dans la béatitude. Pourquoi ? Il le fait pour Dieu. Chacune de nos actions peut se faire avec cette attitude.

Au début, lorsque nous nous engageons dans la vie spirituelle, nous avons le sentiment que certaines actions sont matérielles, et d’autres spirituelles. Plus tard, à mesure que nous nous suivons les enseignements d’Amma, nous comprenons qu’Amma nous enseignent qu’au lieu de diviser les actions en actions spirituelles et matérielles, ce que nous devons faire, c’est de spiritualiser chaque action. Par exemple, élever un enfant pauvre peut être spirituel si vous l’élevez avec cette attitude. Pourquoi ? Nous disons : « C’est mon enfant »  parce que nous avons le sentiment d’avoir créé l’enfant, mais si c’est vraiment notre enfant, est-ce que au moment où il naît, la première fois que nous le prenons dans les bras, est-ce que nous connaissons la nature de cet enfant ? Savez-vous qu’il pourrait être le prochain Albert Einstein ou le prochain Pablo Picasso ? Nous ne savons pas qui est cette âme. À mesure que l’enfant grandit, ses talents commencent à se manifester et nous en arrivons à comprendre : oh, cet enfant a du talent… si cet enfant était vraiment le nôtre… comment se fait-il que nous ne l’ayons pas su ? C’est un cadeau de Dieu. Par conséquent, nous exprimons notre dévotion à Dieu en élevant cet enfant comme s’il était l’enfant de Dieu. Cet enfant est ton cadeau à mon endroit. Je te montre ma dévotion envers toi en prenant bien soin de cet enfant, donc c’est l’enfant de Dieu. Cette attitude fait toute la différence.

Voici une histoire qu’Amma aime raconter  : lors du tremblement de terre qui a secoué le Gujarat il y a de nombreuses années, 3 régions ont été dévastées. L’ashram d’Amma est allé reconstruire ces trois villages et quand Amma y est allée, tous les villageois sont venus recevoir son étreinte. Amma était très heureuse de leur parler, elle a parlé à chacun d’entre eux. Beaucoup de gens avaient perdu un mari, une femme, des enfants, une fille… tout !  Or Amma a dit que, sans être très instruits, sans avoir lus les textes spirituels, ils faisaient preuve d’acceptation. Quand Amma leur a demandé : « Êtes-vous triste ? » ils ont répondu « non » parce que le père que j’avais, la mère que j’avais, le mari que j’avais, étaient un cadeau de Dieu pour moi. Quand le moment est venu, Dieu l’a repris. Cette acceptation leur a donc immédiatement procuré la paix.

En résumé, la première est l’attitude de prasāda buddhi. Tout ce qui se passe dans la vie est le résultat de nos propres actions choisies par Dieu pour notre bénéfice spirituel. Cela nous procure de la paix.
La deuxième étape : nous continuons à tomber amoureux ou plutôt à nous élever dans l’amour du Divin et tout ce que nous faisons, nous le faisons pour l’amour du Divin.

La troisième étape est quelque chose que nous avons tous entrevu :  au lieu de sentir que « Je fais ce travail », nous sentons et nous comprenons que « Dieu travaille à travers nous ».
Il y a plus de 25 ans, l’une des premières tâches qu’Amma m’a confiée a été d’enseigner l’informatique au sein de l’Institut d’informatique d’Amma. On m’a donné une matière pour laquelle je n’avais pas reçu de formation mais pour laquelle j’avais de l’expérience professionnelle. Quand on me confiait des sujets pour lesquels je n’avais aucune connaissance théorique, il me fallait quatre ou cinq heures de préparation pour un cours d’une heure. Une fois, je suis resté à l’Institut pour préparer le cours la veille au soir pour le lendemain matin. Mais un travail inattendu est arrivé. Il était tard et j’étais si fatigué que je ne pouvais pas m’atteler aux quatre ou cinq heures de préparation pour le cours du lendemain matin. Je me suis donc dit : dors quelques heures, lève-toi tôt demain matin pour préparer le cours. Finalement, j’étais tellement fatigué que je me suis réveillé tard. Je ne savais pas quoi faire parce que c’était au-dessus de mes forces d’aller en cours et de dire aux étudiants que je n’étais pas prêt.  Amma m’avait confié comme tâche de faire cours à ces étudiants, et c’était terrible pour moi d’aller en cours sans avoir rien préparé. J’ai regardé le sujet, lu le titre et compris que je n’y connaissais rien du tout. Du fond de mon cœur, j’ai demandé à Amma : « Je ne peux pas donner ce cours ! C’est à toi de le donner ». En chemin, je me suis dit que je ferais peut-être un test surprise pour ne pas avoir à enseigner. Puis, je me suis dit : « au moins je connais le titre du chapitre, je vais l’écrire au tableau ». C’est donc ce que j’ai fait sur le tableau blanc. C’était tout ce que je savais, mais soudain, une idée bien claire m’est venue à l’esprit au sujet de ce cours. Je savais qu’elle serait juste, je l’ai donc écrite et expliquée. Avant d’avoir ajouté la dernière touche, le deuxième point est arrivé, puis le troisième et soudain, un torrent d’idées a déferlé en moi et je devais écrire très vite, parce que j’avais peur de laisser échapper toute cette connaissance faute d’écrire assez vite. Et cette connaissance ne m’appartenait pas. Elle passait à travers moi. À ce moment-là, j’ai compris qu’Amma avait entendu ma prière et qu’elle enseignait à travers moi. J’étais juste comme une flûte, la musique coulait à travers moi. Je me souviens encore du nom de la matière et du chapitre. Le sujet était, pour ceux d’entre vous qui s’y connaissent en ordinateurs, « Analyse et conception de systèmes » et le sujet s’intitulait précisément « Diagrammes de flux de données ». Je n’avais absolument aucune idée de ce que c’était, mais la connaissance a commencé à circuler en moi. À cet instant, j’ai compris que Dieu enseignait à travers moi.

Plus tard, Amma m’a donné l’occasion d’étudier la Bhagavad Gita et d’autres textes sacrés et j’ai entendu beaucoup de ses enseignements. J’ai compris ce qu’Amma entend par être un instrument entre les mains de Dieu. Donc, si nous pratiquons les étapes de prasāda buddhi, en acceptant tout comme bénédiction, cela procure la paix. Ensuite, nous commençons à développer l’amour de Dieu, à tout faire pour l’amour de Dieu. Ensuite, l’amour grandit de plus en plus. Enfin, si nous poursuivons, nous arrivons à la troisième étape.

Nous comprenons maintenant que le but de la vie est de devenir un instrument entre les mains de Dieu. Laissons la musique du divin couler en nous et cela n’est possible que lorsque nous devenons vides comme une flûte et que nous mettons de côté nos préférences et nos aversions.»

lōkāḥ samastāḥ sukhinō bhavantu 

ōm̐ śāntiḥ śāntiḥ śāntiḥ

Om Sri Gurubhyo Namah, Hari Om