Nous pourrons faire un paradis de cette terre

(21 juillet 2015, Paris )

C’est parce qu’elle achevait sa tournée de sept semaines en Amérique qu’Amma n’a pas pu se rendre en personne à l’invitation de Nicolas Hulot, envoyé spécial pour la protection de la planète du président français François Hollande. Il s’agissait de participer au Sommet des Consciences pour le Climat, qui réunissait 40 leaders spirituels, moraux et religieux du monde entier. Amma, qui a délégué Swami Amritaswarupananda pour la représenter, a également enregistré un message vidéo pour l’occasion.

Voici la traduction française de ce message :

« Amma s’incline devant vous tous qui êtes les incarnations de l’amour pur et du Soi suprême.

Il est arrivé que des gens disent à Amma qu’ils ont une sensation de déséquilibre, comme s’ils avaient le vertige. Cela peut être dû à un problème auriculaire. La nature souffre aujourd’hui du même mal. Prenons-en conscience et soyons aussi vigilants que si on nous menaçait avec un pistolet.

Amma a grandi dans un village de pêcheurs très pauvre. Les gens gagnaient leur vie au jour le jour. Ils n’avaient pas de quoi manger tous les jours. Je faisais le tour des voisins pour collecter des restes de nourriture pour nourrir nos vaches. Un jour, en faisant ma tournée, j’ai vu une famille de onze enfants tous allongés sur les genoux de leur mère. Celle-ci m’a dit qu’ils n’avaient rien mangé de la journée. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que son mari n’avait pas pu se faire embaucher et n’avait donc pas eu de quoi acheter de la nourriture. Je lui ai demandé pourquoi elle n’avait pas emprunté. Elle m’a répondu que son mari avait fait dix kilomètres à pied pour emprunter de l’argent – en vain. Sur le chemin du retour, à la lumière de la pleine lune, il avait vu des tortues venues du large pour pondre sur le rivage. Il avait attendu qu’elles replongent dans l’océan après avoir déposé leurs œufs.

Il avait pris environ la moitié de la centaine d’œufs qu’elles avaient pondus. Il les avait rapportés chez lui, les avait fait bouillir et en avait donné deux ou trois à manger à chacun de ses enfants.

L’un d’eux avait demandé à son père pourquoi il n’avait pas pris tous les œufs.

Le père avait répondu : « Dans quel état est-ce que je serais, si j’avais perdu tous mes enfants ? Si je perdais l’un d’entre vous, il me resterait au moins les autres pour me consoler. C’est la même chose pour les tortues. Et si je prenais tous les œufs, les tortues disparaîtraient très vite.»

Malgré la gravité de ses problèmes, ce père se souciait de la survie de la famille tortue. Ainsi vivaient nos ancêtres. Aujourd’hui, nous exportons les tortues pour leur viande, pour le profit.

Quand un homme coupe un arbre, il fabrique en fait son propre cercueil. Il ne suffit pas de planter un arbre à chaque fois que l’on en coupe un. Il faudrait peut-être en planter cinquante ou plus. On dit que la pollution de l’air provoque 5 millions de cancers.

Quand j’étais jeune, on appliquait de la bouse de vache pour soigner les plaies. Maintenant, si on mettait de la bouse de vache sur les plaies, elles s’infecteraient. Le médicament d’hier est devenu un poison.

Dans la nature, rien n’est insignifiant. Le moteur et la vis de l’avion ont tous deux leur importance. Un problème de moteur ou de vis empêchera l’avion de voler. C’est grâce à la pollinisation des abeilles que nous avons des fruits et des légumes. Les abeilles font jusqu’à trois kilomètres pour trouver du pollen avant de rentrer à la ruche.

Les gens doivent planter des arbres mellifères et aussi installer des ruches. C’est ce que font par milliers les enfants d’Amma. Mais il serait souhaitable que davantage de personnes se sentent profondément concernées, et aient à cœur de planter des arbres et d’installer des ruches en grand nombre.

Nous passons environ cinq ans sur les genoux de notre propre mère. Mais mère Nature tolère tous nos méfaits et veille sur nous pendant toute notre vie. N’oublions pas la mère qui nous soutient durant toute notre existence et qui permet la vie elle-même. N’oublions pas ce que nous lui devons.

Quand un incendie éclate dans un immeuble de dix étages, celui qui habite au rez-de-chaussée appelle au secours. Celui qui habite au dixième étage déclare que ce n’est pas son problème. Mais il ne se rend pas compte que cela va bientôt le devenir.

Amma dit toujours que l’harmonie règne dans l’univers. Tout est interconnecté. L’univers est un filet dans les mains de chacun d’entre nous. Quand quatre personnes tiennent un filet, si un coin du filet bouge, cela se ressent sur toute la surface. Toute action, inconsciente ou pas, individuelle ou collective, se répercute aux confins de l’univers. Nous n’arriverons à rien si nous attendons que les autres changent. Même s’ils ne changent pas, soyons prêts à changer. Voyons ce que nous pouvons faire.

Tout comme nous célébrons la fête des pères et la fêtes des mères, consacrons au moins une journée à la Terre, à respecter et à vénérer notre Mère. Ce jour-là, que l’on plante des arbres dans le monde entier.

Que ceux qui se sont construit une maison de 270 mètres carrés et ont un autre projet de construction bâtissent une maison de 90 mètres carrés. Que ceux qui veulent construire une maison de 90 mètres carrés se contentent d’une surface de 45 mètres carrés. Ce sera autant d’économies d’arbres, d’eau, d’électricité et autres ressources. Il n’est pas nécessaire de détruire autant d’arbres. Avec le covoiturage, on peut faire des économies de carburant. C’est ainsi que l’on peut changer les choses, pas à pas.

Pour écrire, on peut se servir d’un stylo à 900€ ou à 90€. Les lettres seront tout aussi lisibles. On peut se servir de ce qui est nécessaire et utiliser ce qui est en trop pour aider les pauvres et les indigents. Évitons le luxe.

Imaginons un grand lac pollué. Ne nous désolons pas en nous demandant comment une personne seule pourrait le nettoyer, car cela nous conduit à faire demi tour et à abandonner toute action. Faisons ce que nous pouvons. Que la personne suivante nettoie ce qu’elle peut. Si beaucoup de gens s’attellent à la tâche, le lac ne tardera pas à être propre. Ne reculons pas, allons de l’avant. Faisons un effort.

Il y a des années que l’on recommande de faire du covoiturage, d’élever des abeilles, de planter des arbres, de nettoyer l’environnement, de gérer les déchets et de cultiver des légumes ; et c’est ce que font les enfants d’Amma. Si nous y travaillons tous ensemble et si nous le faisons plus en conscience, nous pourrons faire un paradis de cette terre. Mais pour cela, créons d’abord un paradis à l’intérieur de nous. Je prie le Suprême de nous donner sa bénédiction pour nous permettre d’y arriver. »