Le disciple doit commencer par éveiller son maître intérieur

 

(16 juillet, Toronto, Canada – Tour d’Amérique du nord, 2019)

Extrait du message d’Amma à l’occasion de Guru Purnima

« Dès notre naissance sur cette terre, tout au long des différentes étapes de vie que nous traversons, jusqu’au moment-même de notre mort, il y a toujours un maître pour nous transmettre la connaissance. Notre voyage dans le monde de la connaissance commence dans le foyer où nos père et mère nous donnent nos premières leçons. Ensuite, tout au long de notre vie, nous avons beaucoup de maîtres.

La connaissance est lumière, l’ignorance est obscurité. Le jour où nous nous souvenons avec humilité et gratitude de tous les maîtres qui nous ont tenu la main et nous ont conduit jusqu’au monde de la lumière, c’est le jour de Guru Purnima. Mais la plupart des maîtres donnent à leurs élèves des informations concernant le monde impermanent et ses objets. Ils ne sont pas capables de transmettre à leurs étudiants la véritable connaissance du monde et de la nature véritable du Soi.

Connaître le monde extérieur, c’est simplement rassembler des informations. Par contre, la connaissance de l’essence véritable du monde et de notre Soi, c’est la connaissance née du discernement ; c’est-à-dire l’aube de la connaissance véritable. Le premier type de connaissance change continuellement. Mais le second est la vérité permanente et éternelle. Le maître spirituel nous prend par la main pour nous guider et nous faire entrer dans le monde de cette connaissance – qui est la source de toutes les autres connaissances.

La relation maître-disciple existe dans toutes les sphères de la vie. Mais la relation maître spirituel-disciple est incomparable. C’est la plus grande et la plus pure de toutes les relations. C’est l’amour du disciple, sa dévotion et sa foi dans le maître spirituel qui garantissent cette pureté et cette grandeur. Le maître spirituel est détaché et libéré à jamais – sans ego, sans désir ni aversion. Mais le maître est aussi l’incarnation de la compassion et de la patience illimitées. Cette compassion et cette patience gardent le disciple près du maître. Cela ne veut pas dire que le maître pardonnera tous les manquements du disciple.

Un être pleinement réalisé a deux facettes : il est la mère et le maître. Dans ce Kali Yuga (l’Âge de Fer de la cosmogonie hindoue dans lequel nous sommes), les maîtres ne montrent que leur aspect maternel. Difficile autrement d’élever le disciple. C’est pourquoi Amma dit souvent : « Ici, il n’y a pas de disciples, mais seulement une mère et ses enfants ». Le maître spirituel est à l’intérieur du disciple. Mais, pour que le disciple puisse éveiller le maître en lui, il doit d’abord réaliser la présence du maître dans l’être réalisé. Or, dans le Kali Yuga, si le maître se manifeste réellement, seuls ceux qui sont sincèrement détachés et intensément focalisés sur le but pourront persévérer. C’est la raison pour laquelle Amma accorde la plus haute importance à l’aspect maternel. C’est comme l’anesthésie précédant une opération chirurgicale. Seule une mère peut pardonner avec compassion et tolérer toutes les fautes de ses enfants. Un maître n’y arriverait peut-être pas. Tout comme la nature nous demande d’obéir à ses lois, en présence d’un maître spirituel, il faut suivre certaines règles et traditions. Mère Nature pardonne toutes les erreurs de ses enfants. Mais au-delà de certaines limites, elle se met à lancer de sérieux avertissements à l’ego humain.

Quand le maître spirituel tente de briser la coquille de l’ego du disciple, cela peut faire mal. Le disciple est tombé amoureux de son ego, il le nourrit, persuadé que : « Cela est la vérité. » Mais le maître connaît la pure vérité : la vérité qu’il existe un arbre gigantesque caché dans la coque de la petite graine. Pour que l’arbre se libère, la coquille de l’ego doit craquer. Cela ne peut se produire que si le disciple coopère. Si le patient hurle et se débat, comment l’opérer ? Et même si on tente l’opération, elle échouera à coup sûr. Le médecin pratique donc une anesthésie. De même, l’amour et l’affection du maître spirituel servent d’anesthésie pré-opératoire pour nous sauver du cycle des naissances et des morts – la maladie de l’illusion qui nous fait croire que nous sommes séparés de Dieu.

Autrefois en Inde, quand les disciples vivaient avec le maître spirituel pendant leur scolarité, on leur enseignait les Écritures en détail. La vie spirituelle ne leur paraissait donc pas si difficile. Avant de plonger dans ces eaux, ils connaissaient déjà les bases de la natation. C’est pourquoi le maître spirituel pouvait se contenter de veiller sur eux à distance. Savoir vraiment nager, c’est pouvoir aller où l’on n’a pas pied ; sinon, on risque de se noyer. Les disciples du passé savaient déjà nager – mais pas rester à flot en eau profonde. Ainsi, le maître spirituel n’avait qu’à jouer le rôle de maître-nageur, veillant à ce qu’ils ne se noient pas. »