(4-14 septembre 2016 – Célébrations d’Onam à l’ashram d’Amritapuri, Inde)

Pendant chacun des dix jours qu’a duré le festival annuel d’Onam, les résidents de l’ashram ainsi que les étudiants ont tour à tour dessiné de grands pookkalams (motifs floraux) au pied de l’escalier menant à la chambre d’Amma. Chaque jour, quand Amma sortait pour donner le darshan, elle s’arrêtait pour saluer le pookkalam, et commenter la beauté du travail, chacun des motifs rivalisant de splendeur.

Le dernier jour du festival d’Onam, Amma a été accueillie sur l’estrade au son des traditionnels tambours du Kérala. Après avoir prononcé son message d’Onam, elle a chanté deux bhajans (Bandalo bandalo et Radhe Govinda gopi Gopala) et a demandé à chacun de frapper des mains et de danser avec elle. A la fin, Amma a dansé au son de la musique tribale Baduga.

Après un assez court moment de darshan, elle a commencé à distribuer le traditionnel repas festif d’Onam, à tous ceux qui étaient là. La dernière, mais non des moindres, à recevoir son repas, c’est Lakshmi, l’éléphante de l’ashram, nourrie des mains d’Amma qui lui a donné une par une d’énormes boulettes de riz, de riz au lait, du pappadam (galettes soufflées de flocons de riz) et des régimes de bananes. Lakshmi a ensuite joué à son jeu favori : on lui a apporté des seaux d’eau dont elle s’est servie pour asperger tous ceux qui l’entouraient, donnant une véritable douche aux plus proches.

Le soir, Amma a entonné des bhajans (chants dévotionnels). Après le dîner, les résidents de l’ashram ont présenté sur scène un riche programme de chorégraphies et de pièces de théâtre, pour la plus grande joie de tous. Amma a assisté à toutes les représentations, assise parmi les autres résidents de l’ashram et les visiteurs. À minuit, Amma a chanté « Love is the way » (L’amour est la voie) en anglais et « Aya he sara jaha yaham » en crescendo. Les célébrations d’Onam 2016 se sont terminées avec des prières pour la paix dans le monde.

Message d’Amma à l’occasion du festival Onam

« Amma est extrêmement heureuse de vous voir tous rassemblés ici pour célébrer Onam (la plus grande fête du Kérala) avec Amma. Cela montre le lien que vous avez avec Amma. Puissent ce lien et cet amour vous unir également tous à tout jamais. Il est dit que le proche d’un dévot est lui-même un dévot à part entière. C’est ce message d’unité et d’amour qu’Onam nous apporte.

Onam symbolise un modèle de relation entre gouvernant et gouverné. Mahabali (roi de la mythologie hindoue) ne désirait rien d’autre que le bien-être de ses sujets – qui l’aimaient en retour. La fête d’Onam nous montre de visu le lien qui les unissait, l’unité, l’amour et l’égalité qui régnaient. Comment devraient être les dirigeants ? Comment devraient être les citoyens ? Onam en donne l’exemple parfait, essentiel dans le monde d’aujourd’hui.

Onam célèbre les relations humaines. C’est le moment où les relations entre les membres de la famille, les amis et les proches se renforcent. Nous vivons à une époque où tous les liens humains se sont distendus. Maris et femmes sont devenus des étrangers les uns pour les autres. Les relations mère-enfant, les relations père-enfant, les relations élève-enseignant et les relations entre voisins se sont toutes affaiblies. Onam vient à nous porteur de ce message pour raviver et renforcer ces relations. Onam ne devient Onam qu’à cette condition.

Cependant, Onam n’est pas uniquement une célébration des relations humaines. C’est aussi une célébration du lien entre la nature et l’humanité. Au-delà, c’est aussi la célébration des liens entre Dieu et l’humanité. Ce qui distingue Onam des autres fêtes, c’est sa complétude. Onam est une fête qui inclut tous les aspects de la vie. Les enfants, les femmes, les jeunes et les personnes âgées ont tous leurs rôles respectifs à jouer au sein de cette fête. La célébration est aussi pertinente au sein de la famille qu’au niveau de la société. De même, elle impacte également notre environnement immédiat, la nature dans son ensemble, ainsi que nos propres corps et esprits. Onam est aussi la fête des valeurs culturelles et des différentes formes d’art.

En outre, Onam est l’histoire de la transformation qui est intervenue chez l’empereur Mahabali. Bien que juste, Mahabali était un roi très fier de ses capacités et de ses qualités. Quand son guide spirituel, Sukracharya, l’a averti que Vamana, le garçon nain qui se tenait devant lui, était en réalité le Seigneur Vishnou, un combat intérieur s’est déroulé en lui. Il s’agissait d’admettre la vérité et de perdre son nom et son statut ou d’essayer de sauvegarder son nom et son statut en tournant le dos à la vérité. Mahabali a choisi le premier chemin, celui de la renonciation.

À la fin, quand le nain Vamana grandit au point d’enjamber la terre et les cieux en deux pas, la fierté de Mahabali s’écroula. Afin de tenir sa parole et de défendre la vérité, il abandonna son propre Soi. Toutefois, cette défaite fut sa victoire. C’est une loi infaillible de la nature que celui qui renonce à tout obtient tout. Mahabali devint comme de l’or purifié par le feu. Il s’éleva pour devenir parfait et atteignit la gloire immortelle.

Le combat qui surgit dans le cœur de Mahabali a lieu en chaque être humain : c’est le combat entre le bien et le mal, le combat entre les émotions positives et négatives, le combat entre l’égoïsme et l’altruisme. Heureux ceux qui choisissent le chemin de la droiture. L’histoire de Mahabali est un message pour l’homme moderne qui s’enorgueillit de ses propres capacités, mais qui est sans réponse et chancelle devant les problèmes de l’existence.

Mahabali était un asura, un membre de la race des démons. Prahlada était aussi un asura. Vibhishana était un rakshasa – un autre type de démon. Malgré cela, tous trois devinrent des êtres parfaits. Cela prouve que la bonté existe en chacun de nous, et que, si nous essayons, nous pouvons l’éveiller.

Aujourd’hui nous jugeons la grandeur d’une personne à la richesse qu’elle possède, à sa renommée ou encore à son statut social. Une fois richesse et renommée disparues, la « grandeur » disparaît aussi. C’est la loi du monde. Mais cela n’est pas vrai en matière de spiritualité. On ne devient grand qu’en abandonnant son identification au « je » et au « mien », ainsi que les attachements qui en découlent. C’est à ce moment-là que l’homme devient Dieu. En abandonnant tout à la conscience omniprésente de Vishnou, Mahabali a transcendé les limites du « je » et du « mien » pour atteindre le Suprême. Ceci est le principe sous-jacent de cette histoire.

Le règne de Mahabali a marqué un âge d’or où les gens ne disaient pas de mensonges et où il n’y avait ni tromperie ni calomnie. Mais aujourd’hui c’est tout le contraire. L’époque à laquelle nous vivons semble n’avoir qu’un slogan : « Mon bonheur à moi ! Mon bénéfice à moi ! ». Cette attitude ne fera que nous mener aux ténèbres et à la souffrance. On dit que le roi Mahabali vient voir ses sujets pendant Onam pour s’enquérir de leur bien-être. La vérité derrière cette croyance, c’est que nous devons nous arracher à notre torpeur et à notre égoïsme pour voir le monde autour de nous à travers les yeux de Mahabali. Ce sont les petits gestes d’amour et de respect que nous manifestons à nos semblables qui remplissent nos vies de joie. Lorsque nous pensons à ce que nous pouvons faire pour rendre les autres heureux, alors naturellement nos cœurs se remplissent de joie. C’est tout ce que Mahabali souhaitait véritablement. Il voulait seulement la paix, la prospérité, le bonheur et le contentement de ses sujets. Il n’a jamais rien souhaité pour lui-même. Mahabali envisageait pour ses sujets ce qu’un mahatma (une grande âme) envisage pour le monde dans sa globalité. C’était une vision dénuée d’égoïsme.

Il y a une leçon à tirer de tout ce qui nous arrive dans la vie. Mais nous avons besoin d’attention et de discernement pour être capables de reconnaître les leçons que la vie tente de nous donner. Le discernement est l’interrupteur qui allume la lumière de la connaissance. Ceux qui sont doués de discernement sont en mesure de comprendre le message qui se cache derrière chaque expérience, positive ou négative, et d’accepter en souriant tout ce qui se présente.

À l’occasion d’Onam la tradition veut que nous mettions des vêtements neufs. En parallèle, adoptons comme tradition de prendre de nouvelles résolutions pour le bien de la société. Mes enfants, vous aimez les chants et les jeux traditionnels d’Onam. Faites que cette joie soit permanente en apprenant à vivre une vie fondée sur les principes spirituels. Pour Onam, nous concourons pour faire les plus grands et les plus beaux pookhalams (mandalas de fleurs). En même temps, dessinons dans nos cœurs des compositions élaborées avec les fleurs de l’amour, les fleurs de la patience, les fleurs du sacrifice de soi et les fleurs de l’humilité. Essayons d’agrandir et d’élargir notre cercle de compassion. Ainsi, nous pouvons faire de la vie même une immense fête d’Onam. »

Découvrez en photos la fête d’Onam