Le yoga du rire

Article publié sur le blog d’Amritapuri par Vinodini & Ambujam (USA) le 8 mars 2015

 » Récemment, j’ai participé à un stage de yoga du rire (Yoga Hasya) à Amritapuri. Je savais vaguement que le rire était facteur de bien-être mais je n’avais jamais pour autant recherché davantage d’occasions de rire dans mon existence.

Dès la première séance, j’ai compris qu’il y aurait beaucoup moins de postures du chien ou du poirier que je ne l’avais imaginé. Il s’agissait plus d’une expérience holistique corps-esprit.

Amma dit que 80 % des maladies sont dues au stress. Le sérieux est une maladie qu’il faut essayer de lâcher. Permettons-nous de rire davantage. Rire est bon pour le cœur. Rire est bon pour la santé. Les gens ont sur le ventre un poids de 500 kg qu’il est presque impossible de déloger. Le meilleur moyen de s’ouvrir, c’est de rire de tout son cœur.

Au début, nous nous sommes entraînés à faire semblant de rire à force de mimes et autres exercices amusants. Très vite, les gloussements forcés ont laissé la place à des fous rires incontrôlables. Une fois que l’on se met à rire, c’est contagieux – les rires se succèdent en cascade. J’ai été ébahie d’apprendre que le cerveau ne fait pas de différence entre les faux et les vrais rires. Le mouvement crée l’émotion : tout comme celui qui fait le gros dos en gardant les bras croisés ne se sent probablement pas très extraverti, celui qui choisit délibérément le bonheur en riant finira par se sentir plus joyeux. En jouant comme des enfants pour nous entraîner à rire, nous commencions à nous ouvrir en en ressentant immédiatement les effets physiques et psychiques. Dans cette pièce débordant de joie et de rires venus du fond du cœur, je me suis mise à sentir que tout n’est vraiment qu’une lila (un jeu)  au sein de ce grand jeu divin de la conscience .

Ensemble nous avons ri de nos erreurs, de nos peurs et de notre façon de nous prendre, nous-mêmes et les autres, au sérieux. J’ai compris que ce qu’il y a de plus drôle chez nous, les êtres humains, c’est justement notre façon d’être sérieux – d’être dur envers nous-mêmes. Après une bonne heure d’exercices et de jeux, notre innocence enfantine cachée a semblé se réveiller. Je me suis souvenue qu’Amma dit souvent : « Dieu est l’innocence enfantine profondément enfouie en nous. »

On dit que les enfants rient en moyenne trois à quatre cents fois par jour, tandis que les adultes rient en moyenne dix à quinze fois, et encore. Il est scientifiquement prouvé que ce sont le rire et les émotions enfantines et « bébêtes » qui stimulent le plus notre immunité et la glande du thymus (centre de l’immunité). Très développée chez l’enfant, cette glande rétrécit quand nous vieillissons et devenons sérieux. On a découvert que la simple syllabe « ha » stimule le thymus. Donc si on prend sa santé au sérieux, il faut faire l’idiot.

J’ai appris que le yoga du rire est une agréable méthode de détoxication. Nous n’utilisons souvent que les deux tiers supérieurs des poumons, alors qu’en riant à partir du ventre, nous expirons à fond l’air vicié qui stagne dans la partie basse, comme dans le pranayama (en yoga, pratique de contrôle du souffle) – autre raison de nommer cette pratique yoga du rire. En expulsant cet air résiduel stagnant, il arrive que l’on tousse et que l’on fasse sortir des émotions désagréables et refoulées, car c’est dans le tiers inférieur des poumons que se stocke une grande partie de nos peines.

En libérant toutes les contractions et en nous permettant d’être dans la béatitude, le yoga du rire nous aide à éclairer des zones cachées et oubliées. Il nous faut un cadre pour digérer le stress, les traumatismes passés et les émotions négatives et le yoga du rire est le meilleur des remèdes ! Stupéfaite, je me suis surprise à déborder de bon cœur d’une hilarité à me tenir les côtes et à avoir un aperçu de ma véritable nature trop souvent enfouie sous le stress et l’inquiétude.

Vers la fin de la séance, nous nous sommes allongés sur le dos en shavasana (posture du cadavre) -la posture de yoga que tout le monde connaît et adore – pour imaginer que nous nous relaxions sur l’océan de béatitude d’Amma. J’ai ressenti un bourdonnement qui partait de la tête et ruisselait partout dans le corps. Au bout de quelques instants, je me suis retrouvée non pas en train de rire mais en train de pleurer, sans que je puisse connecter mes larmes à un traumatisme extérieur ou à un événement déclencheur. Cette libération cathartique s’est déversée à l’extérieur et s’est transformée en un torrent heureux, je dis bien heureux, de larmes. Je suis restée allongée, avec le sentiment d’être à nu et grande ouverte, je me suis permise de tout ressentir, d’abandonner toutes mes inhibitions dans l’océan de béatitude. Ce fut l’une des plus grandes expériences de guérison et de transformation que j’ai jamais vécue.

J’ai ensuite compris pourquoi cette technique s’appelle yoga du rire – en effet yoga signifie union avec le divin.

Tous ceux qui ont déjà vécu des moments de franche rigolade vous diront que le rire a un pouvoir thérapeutique physique, psychique et spirituel. C’est sûr, rire nous fait nous sentir bien, mais pourquoi ? Premièrement, le rire réduit nos hormones de stress tout en stimulant la production d’endorphines – les hormones de la bonne humeur – dans le cerveau. Rire booste notre système immunitaire en accroissant l’activité des lymphocytes qui aident à lutter contre les virus et les tumeurs. Rire aide à baisser la tension artérielle, à améliorer la circulation sanguine, à diminuer la douleur, à stabiliser la glycémie et à réduire l’inflammation dans tout le corps. Rire est un exercice aérobic ; rire ne serait-ce que 10 à 15 minutes par jour est tout aussi bon pour la santé que 30 minutes de jogging cardio et peut brûler jusqu’à 40 calories. Le rire « masse » les organes internes et fait travailler en douceur le cœur, les poumons, le diaphragme et les muscles abdominaux. Le rire efface les tensions musculaires du visage, du cou, des épaules et de l’abdomen – où notre stress a tendance à se loger. Le rire oxygène le cerveau et le reste du corps, nos poumons demeurent en bon état et notre corps est au mieux de sa forme.

Inutile de faire beaucoup d’efforts pour récolter ces bienfaits – le rire est contagieux, même encore plus que le bâillement. Quand on voit un enfant rire en jouant, ou un groupe d’amis blaguer à tue-tête et se tordre de rire, notre bouche a spontanément tendance à esquisser un sourire ou à rire. Cela s’explique par le fait que notre corps essaie constamment de nous ramener à l’homéostasie. Quand on voit quelqu’un rire franchement, les neurones miroirs de notre cerveau reconnaissent cet état et réagissent en s’alignant rapidement pour créer cet état en nous. Nous savons de façon innée que cette joie est notre véritable nature.

Le yoga du rire crée une vibration d’énergie positive supérieure qui stimule notre cerveau droit – le siège de la créativité. Ce déplacement nous permet de cultiver le sens de l’humour en toutes circonstances – quand nous sommes pris dans les embouteillages, quand nous faisons la queue pour le chaï (le thé) et que quelqu’un nous passe devant ou à tout autre moment où nous n’avons pas envie de rire. En nous reliant à la sensation de béatitude intérieure, nous pouvons apprendre à cultiver cet état et à y puiser tout au long de la journée, dans les moments où il nous est carrément impossible d’éclater de rire spontanément – que nous soyons au travail, en train de faire les courses ou de parler à nos beaux-parents.

Tout comme cela ne se fait pas de se mettre en posture sur la tête dans un centre commercial, ce n’est pas parce que l’on pratique le yoga du rire que l’on va se mettre à rire mal à propos. Je dirais plutôt que, tout comme les postures de yoga nous aident à garder l’équilibre physique dans le monde, le yoga du rire nous aide à désamorcer le stress et à cultiver un regard positif au quotidien. Le rire allège nos fardeaux en desserrant l’étau du mental – ce qui permet de prendre assez de recul pour avoir un regard objectif et le cœur léger. Cela nous donne plus de clarté, de sang-froid et de paix. Cela nous aide à rebondir quand les choses tournent mal et à affronter les difficultés avec enthousiasme, joie, confiance et optimisme. Augmenter notre capital de joie facilite la gestion des situations et aide à trouver des raisons d’espérer, confiants dans le fait que tous les soucis et tracas qui se présentent servent à nous faire grandir pour atteindre le but ultime.

Dès mon premier cours, je suis devenue accro aux vibrations positives. Je m’arrange de mieux en mieux pour faire de ma vie une comédie plutôt qu’un mélo. J’ai continué les cours collectifs et fait des recherches sur le pouvoir de guérison du rire. À l’ashram (monastère) d’Amritapuri, cet hiver, j’ai encore cultivé la joie en devenant instructrice de yoga du rire – ce qui me permet de transmettre professionnellement cette technique remarquable à tous et partout : dans les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les entreprises, et j’en passe !

La spiritualité ce n’est pas seulement rester assis des heures les yeux fermés ; c’est une expérience vivante, c’est se réjouir et témoigner sa gratitude à chaque instant. La pratique du yoga du rire nous aide à vivre dans l’esprit du rire. Elle nous ouvre le cœur au niveau physique aussi bien qu’au niveau émotionnel, là où résident la joie et la saveur de l’instant. Goûter à cette béatitude nous motive pour continuer notre ascension difficile en dépit de tous les tours et détours et des passages périlleux qui jalonnent le chemin. Sans se substituer à la méditation, au séva (service désintéressé) ou aux autres pratiques spirituelles enseignées par Amma, le rire peut contribuer à insuffler motivation et enthousiasme dans le cheminement spirituel et dans la vie.

Comme le dit Amma : « Tout comme nous nous lavons le visage et nous préparons pour la journée, nous devons également nous nettoyer le mental. L’enthousiasme lave le mental. »

C’est une vraie bénédiction d’avoir Amma comme guide sur le chemin qui nous ramène à notre vraie nature.

Puissent tous les êtres de tous les mondes être heureux ! »