Née en Inde au sein de l’hindouisme, Amma respecte la religion de ce pays. Aussi, bien que son message soit universel, Amma fait-elle souvent référence aux concepts fondamentaux de la tradition du Sanatana Dharma ‘harmonie éternelle’– vrai nom de l’hindouisme.

Voilà quelques éléments permettant de mieux comprendre cette tradition:
Le but de l’existence humaine est de découvrir notre vraie nature, la joie sans contraire, la conscience ‘divine’ qui imprègne toute chose, l’énergie primordiale dont chaque chose est une manifestation particulière… Cette réalisation nous est empêchée par l’identification à l’ego limité et conditionné, qui nous sépare des autres et du tout. La source unique de tous les problèmes, c’est cette ignorance fondamentale de notre vraie nature. Ainsi Amma enseigne que le Divin est présent dans tout ce qui est, animé comme inanimé. «Percevoir l’Unité qui sous-tend tout ce qui existe est non seulement l’essence de la spiritualité mais aussi le moyen de mettre fin à toute souffrance.»
Les religions ne sont que des moyens, des chemins, des formes, pour nous emmener vers le sans-forme, le brahman, l’absolu, la béatitude éternelle (ânanda), la pure conscience (chit) «la paix qui dépasse toute compréhension», ce que les religions désignent par «Dieu». Il ne peut y avoir, bien évidemment, au final, qu’un seul Dieu! Mais on peut l’atteindre par différentes voies (religions) et formes (dieux) qui correspondent aux différentes caractéristiques psychiques et culturelles des êtres humains. Le plus ancien texte (plus de 5000 ans) du sanatana dharma nous dit : «ekam sat viprâ bahudhâ vadanti» «la vérité est une, exprimée diversement par les sages», parfois traduit par : « Dieu est Un, beaucoup de chemins mènent à Lui ». Rig Veda, 1.164.46
Ainsi les hindous sont foncièrement tolérants et se réjouissent de la foi des chrétiens, des
musulmans, ou de toute autre voie authentique. Ils n’ont aucun intérêt pour le prosélytisme, qu’ils considèrent comme non pertinent et irrespectueux. Passionnés par cette quête d’harmonie et d’absolu, les hindous y ont appliqué toute leur énergie, leur intelligence, et leurs immenses capacités, depuis des millénaires. Des méthodes multiples (yoga, méditation, âyurveda…) ont été mises au point par les sages,les ‘ rishis’ , eux mêmes parvenus au but suprême de la vie humaine, ce bonheur éternel qui ne s’obtient jamais grâce à des choses éphémères mais grâce à ce qui est … éternel.
Ces méthodes sont venues jusqu’à nous, transmises de maitre à disciple, au travers de la plus belle des relations d’amour, celle qui élève, comble et libère de toute dépendance.

L’hindouisme est donc davantage un mode de vie et de pensée qu’une religion organisée avec ses dogmes et ses églises. Contrairement à une idée répandue, l’hindouisme n’est pas polythéiste. Il affirme, d’expérience, l’existence d’un principe unique préexistant, nommé Brahman, qui se décline dans l’infinie diversité de cet univers, en particulier au travers d’une multitude d’êtres humains et de divinités…
Sarvam kalvidam brahman: tout cet univers est brahman.
Aham brahmasmi: je suis brahman (Brihadaranyaka Upanishad)

LES 4 GRANDES VOIES

Pour parvenir à cette découverte de notre vraie nature (l’âtman, le Soi), concrètement, la tradition de l’Inde décrit habituellement quatre grandes voies :
Le Jnâna yoga est la voie de la connaissance. Au delà d’une simple pratique intellectuelle, elle est fondée sur une capacité fine à discerner l’éphémère et l’éternel, l’irréel et le réel. Ce discernement nous permet de découvrir le réel en nous, notre vraie nature, le Soi (âtman), en lâchant le changeant, l’apparence, l’identification à l’ego limité.
Le Karma yoga est la voie de l’action. Telle que développée dans la Bhagavad Gita, elle implique le non-attachement aux fruits de l’action. Elle comprend souvent des activités caritatives ou de service désintéressé. Le Karma Yoga permet l’ouverture et la purification du cœur, qui peut alors contenir peu à peu le monde entier et devient donc illimité et sans séparation ou notion de ‘moi’ et ‘l’autre’.
Le Bhakti yoga est la voie de la dévotion et de l’amour pour Dieu, pour sa divinité d’élection (Ishta Devata), qui peut être le maître spirituel. Il s’agit alors de purifier ‘l’amour’ de départ, (relatif, conditionnel, l’amour-attachement, dépendant…) dans le feu de la dévotion et de la foi, pour parvenir à l’Amour inconditionnel, libre, qui est notre vraie nature.
Le Raja Yoga, aux huit membres, avec la pratique des asanas (postures) et du pranayama (attention au souffle) qui mène à la concentration, à la méditation, aux pouvoirs extraordinaires des yogis (les textes nous précisent que ce sont des obstacles si nous nous y attachons…) et à la transparence de l’ego qui nous permet alors de voir notre vraie nature.
Aucune de ces voies n’est exclusive et chaque parcours individuel est souvent une subtile combinaison des quatre chemins en accord avec les dispositions personnelles. Amma conseille un équilibre harmonieux entre l’étude de texte et leur application (jnana yoga), une pratique régulière d’exercices de yoga et de la méditation (raja yoga) et les voies de la bhakti et du service désintéressé (karma yoga-seva), qu’elle estime convenir particulièrement à notre époque

LA TRADITION DU MAîTRE SPIRITUEL

Le corpus de concepts et de pratiques d’une religion authentique n’est là que pour aider l’être humain à se libérer de ses conditionnements qui le maintiennent dans l’ignorance et la souffrance. Dans cette optique, les indiens accordent une importance prépondérante aux maîtres spirituels, arrivés eux-mêmes au ‘bout du chemin’, au ‘sommet de la montagne’ et qui sont, de part leur accomplissement, des guides aptes à élever le commun des humains. Un infini respect leur est témoigné, à l’instar de ce qui se fait dans les autres grandes traditions orientales parmi lesquelles l’Islam Soufi ou le Bouddhisme. Le Sage occupe donc une place centrale dans la tradition indienne. C’est lui qui va adapter les textes et les méthodes au contexte contemporain, tout en gardant l’essence des enseignements dans laquelle il est établi. Le 21ème siècle n’est pas le 5ème millénaire avant Jésus Christ…
Depuis les mythes de l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, l’Inde fourmille de références à ces grands Grands Sages, aussi appelés Rishis, qui éclairent l’humanité. Au 19ème siècle, c’est sans doute la personnalité de Ramakrishna qui a le plus marqué l’Occident. Ce prêtre du temple de Dakshineswar, près de Calcutta, après avoir pratiqué l’Hindouisme, le Christianisme et l’Islam, a expérimenté directement l’unité des religions. Son célèbre disciple Swami Vivekananda fit connaître son enseignement en Occident, y compris parmi l’élite intellectuelle et artistique, à travers des séries de conférences. Son discours au Premier Parlement des Religions du Monde à Chicago, en 1893, reste un événement clé de l’histoire contemporaine indienne. Au 20ème siècle, d’autres Sages connurent une notoriété exceptionnelle, aussi bien en Inde qu’au sein du public occidental. Il s’agit entre autres de Swami Sivananda à Rishikesh, Ma Anandamayi à Bénarès, Ramana Maharshi à Tiruvanamalaï ou encore Swami Ramdas à Kanhangad. Si certains de ces Sages éminents sont issus de lignées spirituelles ou d’ordres monastiques, nombreux sont ceux qui ont connu un accomplissement spirituel hors de tout cadre institutionnel. Leur notoriété s’est bâtie spontanément au fur et à mesure que les foules venaient à leur rencontre.

LES TEXTES FONDAMENTAUX

La religion en Inde est encadrée par une variété importante de textes sacrés et philosophiques. Ces ouvrages souvent volumineux sont reconnus dans le monde entier pour leur rigueur conceptuelle et leur valeur littéraire. Les plus anciens et les plus fondamentaux sont les Védas. L’origine, l’auteur, la datation, la taille des védas ne sont pas connus. Ils sont comme une forêt dense difficile à pénétrer. Ce sont des textes ‘révélés’ que les rishis ont reçus dans leur méditation. Ils sont « a-purusha » : pas d’origine humaine. Dans l’état de méditation profonde, toute trace d’ego ayant disparu, les Rishis d’il y a des milliers d’années, ont eu accès directement aux vérités ultimes et éternelles, qu’ils ont ensuite retransmises pour le bien de tous.
Les védas ainsi conçus (veda veut dire connaissance, sagesse) ont été classifiés par le sage Véda Vyasa en 4 groupes Rik, Yajur, Sama and Atharvana.
«Chaque fois que j’ai lu une partie ou une autre des Védas, je me suis senti illuminé d’une
lumière céleste et inconnue. Dans les grands enseignements des Védas, il n’y a aucune
trace de sectarisme. Ils sont éternels et universels, ils embrassent tous les domaines et sont la route royale pour parvenir à la Grande Connaissance.»
Henry David Thoreau (1817-1862) naturaliste, philosophe et écrivain américain.

Les Védas parlent de la noblesse et de l’unité de tous les êtres humains (krinvanto vishvam aryam). Le mantra 10-13-1 du Rig Véda s’adresse à l’humanité toute entière en
l’appelant «enfants de l’immortalité»: Shrunvantu vishve amritsya putraha.
D’innombrables mantras soulignent l’universalité, la fraternité, l’harmonie, l’unité et ce qui est commun à l’ensemble de l’humanité. En voici quelques illustrations. Dans le mantra 5-60-5 du Rig Véda, le poète divin déclare: «Tous les hommes sont frères; personne
grand, personne n’est petit. Tous sont égaux». Le dernier mantra du Rig Véda
insiste encore d’avantage sur l’unité et l’harmonie de l’humanité toute entière: Samani va âkuti,samana hridyani va, samanam astu vo mano, yatha va su saha asti: «Soyez unis
dans vos buts, dans vos cœurs, dans vos esprits et que votre unité se renforce sans cesse».
Ces thèmes sont chers à Amma.

Note: Bien que l’écologie soit un concept moderne, c’est dans les Védas que l’on trouve
sans doute le plus ancien hommage jamais rendu à la Nature. L’Atharva Véda contient le «Prithvi-sukta», l’Hymne à la Terre. Les sages védiques considéraient la Terre comme étant sacrée et inviolable. Le mantra 12.1.12 de l’Atharva Véda appelle la Terre, la mère et l’humanité, ses enfants (Mata bhumih putro aham prithivyaha) et sollicite ses bénédictions. Selon le Prithvi Sukta, «la Mère Terre est ornée de hauteurs, de pentes, de plaines, de collines, de montagnes, de forêts, de plantes, d’herbes médicinales et de trésors ; et elle veille sur toutes les créatures qui respirent et qui bougent. Puisse-t-elle nous apporter la joie, la richesse, la prospérité, le bonheur et la gloire!»
L’aspect spéculatif des Védas est compilé dans les Upanishads, nombreuses, dont les principales sont au nombre de 108 et les plus célèbres au nombre de 10: Isa, Kena, Katha, Prasna, Mundaka, Mandukya, Taittiriya, Aitereya, Chandogya and Brihadaranyaka. Ces textes sont d’une beauté et d’une profondeur saisissantes, sont des sources d’inspiration pour l’Orient comme pour l’Occident, et ont fait l’objet de nombreux commentaires de part le monde.

Deux épopées occupent également une place fondamentale dans toute la culture indienne, le Ramayana de Valmiki, l’histoire du roi Rama et surtout le Mahabharata de Vyasa, qui comprend la célèbre Bhagavad Gîtâ. La Bhagavad Gîtâ, le chant du Seigneur Krishna, est considérée comme contenant l’essence de toute la philosophie et la tradition du sanatana dharma.

Le corpus des Puranas révèle aussi des textes ayant une portée essentielle. Ce sont des recueils où les faits relatés sont enchaînés les uns aux autres dans un ensemble poétique, avec des récits se rapportant aux plus grandes périodes de l’histoire de l’Inde, des contes et légendes, des réflexions philosophiques particulièrement poussées et aussi des exposés de théologie qui le sont tout autant. La plus célèbre est sans aucun doute le Bhagavata Purana, ou Srimad Bhagavatam, qui est un récit de la vie du roi Krishna.
Il existe également une infinie variété de textes dévotionnels. Le Lalita Sahasranama, le Saundarya Lahari célèbrent ainsi la Mère Divine. Les bhakti-sutras selon Narada définissent l’amour suprême. Rentrent également dans cette catégorie les poèmes plus
récents de mystiques populaires tels que Tulsidas, Mirabaï, Kabir ou encore Toukaram.
Des écrits plus proprement philosophiques (en Inde la philosophie est toujours aussi
pratique et expérimentale) constituent également des piliers de la tradition indienne. Il
s’agit par exemple du parfait ‘manuel’ des Yoga Sutras de Patanjali ou des écrits de
Sankaracharya, un grand philosophe indien du 8ème siècle originaire du Kerala et père de
l’Advaïta Vedanta, la philosophie de la non-dualité.