Au Bihar, la communauté Musahar se transforme

(18 Avril 2017)

Amrita Serve, notre programme « villages autonomes » intervient maintenant en milieu rural auprès de communautés défavorisées réparties dans 21 États de l’Inde. Depuis que nos bénévoles œuvrent pour son autonomisation, un petit village du Bihar ,l’un des États les plus pauvres de l’Inde, a fait de remarquables progrès.

Anil avait 7 ans quand nos bénévoles d’Embracing the World ont ouvert un centre d’aide périscolaire dans son village. Bien qu’inscrit à l’école locale, il n’y allait pas régulièrement. Comme beaucoup d’autres élèves, il n’y allait que de temps en temps, et souvent seulement pour le repas de midi. Il était illettré et c’est à peine s’il se lavait. Comme c’était la seule vie qu’il connaissait, cela ne le dérangeait pas.

Anil fait partie de la communauté des Musahar. Amrita Serve, notre programme « villages autonomes » œuvre maintenant en milieu rural auprès de communautés défavorisées réparties dans 21 États de l’Inde. Les conditions de vie des Musahar sont de loin les plus déplorables que nos volontaires aient rencontrées. Le taux d’alphabétisation est très bas. Seulement 6% des hommes Musahar et 2% des femmes savent lire ou écrire. Les habitants ignorent les principes de base de l’hygiène personnelle et des pratiques sanitaires.

« Je me souviens encore de notre premier jour ici. C’était le 9 juin 2014. Nous avons dû faire du porte à porte pour dire aux parents que l’éducation est importante et leur demander d’envoyer leurs enfants à l’école. 40 ou 45 élèves étaient inscrits, mais quel travail rien que pour les faire venir en classe ! Avant de commencer les cours, nous devions faire le tour des maisons pour aller chercher les enfants. La plupart des élèves étaient très négligés. Nous avons dû commencer par des choses basiques et ça a pris beaucoup de temps. Il nous est parfois arrivé d’emmener nous-mêmes les enfants à la rivière voisine pour les laver. Maintenant, ils se lavent et changent de vêtements tous les jours et en plus, ils disent à leurs parents que c’est important d’être propre, et ils les obligent à nettoyer les maisons et les abords des habitations », nous confie Choti Kumari, 20 ans.

Depuis un an, Choti s’est également investie auprès des femmes de la communauté pour améliorer leurs conditions de vie. « Nous avons commencé par les enfants. Peu à peu, les parents aussi ont évolué dans leur tête. Maintenant, on dirait qu’ils ont totalement confiance en nous et en notre capacité de guider leurs enfants. Au début, les enfants ne savaient pas interagir respectueusement avec les adultes. Cela a changé. Maintenant nous travaillons aussi avec les femmes enceintes et les nouveaux nés et nous veillons à ce qu’ils soient vaccinés à temps. Amma a nommé Urmila Devi « Swasthy Mitr » (auxiliaire de santé). J’aide Urmila au PHC (Dispensaire local). Parfois, les gens me demandent pourquoi je travaille si dur. C’est Amma qui m’a enseigné que la vraie façon de prier le divin, c’est de servir les miens. »

Donner aux femmes l’envie d’apprendre à lire, les aider à s’organiser en groupes d’entraide autogérés, ouvrir des comptes et effectuer des dépôts à la Grameen Bank (banque spécialisée dans le microcrédit) locale, les aider à effectuer leurs retraits mensuels, leur apprendre à gérer les calendriers de vaccination, les emmener au dispensaire local pour des bilans de santé et surveiller la qualité de leur alimentation, organiser des campagnes de sensibilisation sur différents problèmes – tout cela fait partie de la très longue liste de ce que Choti a à faire. Elle a acquis la sympathie des mères reconnaissantes pour l’éducation de leurs enfants et maintenant les femmes du village sollicitent ses conseils.

Le comportement général des membres de la communauté Musahar a évolué de façon significative. Auparavant les maisons étaient sales et leurs abords jonchés de détritus. On fabriquait de l’alcool à la maison. Alcoolisme, rixes et violences conjugales étaient monnaie courante ; maintenant les choses ont changé. L’éducation des enfants puis le suivi des femmes ont commencé à améliorer la qualité de vie dans le hameau. L’année dernière, une équipe de l’université d’Amma a installé des pompes manuelles dans le village. Des campagnes de nettoyage sont organisées régulièrement à l’occasion des séjours de nos étudiants.

Choti est actuellement inscrite en premier cycle à l’université. Elle se débrouille pour mener de front son service social et ses études. Elle est reconnaissante d’avoir eu la possibilité de servir si jeune et veut continuer à servir jusqu’à la fin de ses jours.